Discours de S.E. Dioncounda Traoré lors de la remise de la Grand Croix de l’Ordre National du Mali

Allocution du Pr. Dioncounda Traoré à la cérémonie de décoration de Son Excellence Monsieur François Hollande, Président de la République française (Paris, le 15 juillet 2013)

François Hollande, cher frère et cher ami,

Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement,

Mesdames et Messieurs du corps diplomatique,

Distingués invités

Hier le Mali était l’invité des festivités du 14 juillet, d’un 14 juillet symbolique à plus d’un égard.
Ce matin, la France à travers son président est l’hôte du Mali dans les locaux de sa chancellerie à Paris.

En toute simplicité et en toute sincérité. Comme sait le faire François Hollande et comme il l’a toujours fait s’agissant du Mali.

J’aurai alors une grande fierté, tout à l’heure, de l’élever à la dignité de Grand Croix de l’Ordre national du Mali, au nom des services exceptionnels rendus à mon pays, et de la mobilisation sans précédent que l’action française a réussie en notre faveur.

Le 10 janvier 2013, un an après Kidal, Tombouctou, Gao, et Douentza, Konna, ville-verrou de la Région de Mopti, tombait aussi entre les mains des narcojihadistes. Le 11 janvier, l’Opération Serval entre en action. Des soldats français et maliens se battant côte à côte libèrent Konna.

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Fin janvier à Addis-Abeba, une contribution financière historique est annoncée pour la MISMA.
Février, mars, avril : les armées africaines se positionnent sur le territoire malien, avec l’inoubliable acte de solidarité du Tchad qui, à lui seul, envoie plus de deux milles soldats aguerris et déterminés.

Le 2 février, le président français rend visite à Tombouctou libéré euphorique et reconnaissant.
Les semaines suivantes, le drapeau malien flotte sur près des deux tiers du territoire national repris aux forces du mal.

Au même moment, la communauté internationale monte en puissance avec la création de la MINUSMA installée officiellement depuis ce 1er juillet.

En mai, la Conférence de Bruxelles annonce une aide historique pour la reconstruction du Mali et la consolidation de sa paix, de sa sécurité et de sa démocratie.

Le 18 juin, un accord préliminaire est conclu avec le Mouvement national de Libération de l’Azawad, augurant ainsi de bonnes perspectives pour le règlement pacifique de ce que nous appelons la question du Nord.

Le drapeau malien flotte de nouveau sur Kidal. L’administration malienne y est désormais déployée.
Kidal votera parce que Kidal est malien.

Et voilà que par les enchainements heureux qui font l’histoire du Mali en ce moment, c’est à Paris plutôt qu’à Konna, que le premier salut au président français, ce 14 juillet historique, est venu d’un soldat malien.

Notre histoire s’était cabrée. Mais nous sommes en mesure aujourd’hui de la dompter, grâce au concours de la France en particulier et de tous les autres pays amis en général.

Le Mali de juillet 2012 était un pays occupé où l’on amputait encore, où l’on flagellait toujours, où hélas le viol avait encore cours.Mais le Mali de juillet 2013 est un pays libre, un pays libéré qui sait qu’un profond travail d’introspection l’attend pour que plus jamais ses enfants ne soient amputés, flagellés ou violés.

Cet audit est inévitable pour un Mali qui comprend que sa grave crise est aussi une opportunité salutaire pour refonder son Etat, renforcer sa nation et jouer pleinement son rôle sur la scène sahélienne, africaine et internationale.D’où la pressante urgence d’un régime élu, disposant de plus de pouvoirs constitutionnels et de plus de temps pour mettre en œuvre sa stratégie, une stratégie qui tient en un mot : refonder par la décentralisation, refonder par la gestion rationnelle et intègre des ressources, refonder par l’état de droit, refonder par la démocratie.

Ce lundi 15 juillet 2013, nous sommes à treize jours du premier tour de l’élection présidentielle qui dotera le Mali de son troisième président démocratiquement élu depuis notre révolution démocratique du 26 mars 1991. Ces élections se dérouleront sur l’ensemble du territoire malien.

Dans le contexte qui est celui du Mali, tenir ces élections le 28 juillet est un pari, un très grand pari que nous devrions tenter, que nous avons tenté et que nous gagnerons. Car le moins que je pouvais faire en tant que président par intérim, le moins que le gouvernement pouvait faire en tant que gouvernement de transition, c’était de prévoir les élections à cette date et de maintenir cette date.

Sachant que le peuple malien est un grand peuple, un peuple fier, qui ne mérite ni Etat d’exception ni solution de replâtrage, et qui se mobilisera le 28 juillet pour choisir son leader. Du reste, ce peuple est conscient de sa dette récente envers ses voisins, l’Afrique et le monde qui se sont portés à son chevet avec une rare diligence.

Nous Maliens, nous savons que nous devons cela à tous ceux qui nous ont tendu la main. En particulier la France qui la première a su entendre notre cri, qui la première a mobilisé ses moyens et ses soldats. Certes, la France a été conforme à son histoire et à ses principes, certes la bataille du Mali est une bataille pour la liberté et la dignité de l’homme tout court.

Mais François Hollande, vous avez tendu la main à une nation qui en avait besoin. Vous êtes venu sans calcul et sans délai. Damien Boiteux et ses camarades morts pour la défense de la liberté ne sont pas morts pour rien : ils sont aujourd’hui des modèles pour de nombreux soldats maliens.Des Maliens qui se prénomment Damien, il y en a de plus en plus. Les rues Damien Boiteux, il y en aura, il y en a déjà une à Konna.

En 1961, l’armée française quittait le Mali nouvellement indépendant.
Cinquante ans plus tard, l’armée française désormais armée de libération revenait à Tessalit.

De Janvier 2013 à juillet 2013, que de symboles accumulés, que de messages envoyés.
Ton salaire, François, est peut-être dans cette décision prise le 11 janvier qui solde un contentieux colonial.

Mais cela, c’est pour la France.

Quant aux Maliens, c’est avec fierté qu’ils décorent aujourd’hui la France à travers son président, son gouvernement et son armée.

Le Mali vous dit merci, merci encore, merci toujours.

Vive l’amitié entre les peuples

Vive la France

Vive le Mali.

Dernière modification : 16/05/2016

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