Conférence sur le développement - Allocution du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius (Lyon, 19/03/2013)

Mali/Conférence sur le développement - Allocution du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius (Lyon, 19/03/2013)

Monsieur le Président, Cher Jean-Jack Queyranne,

Monsieur le Président, Cher Michel Delebarre,

Messieurs les Ministres du Mali,

Mesdames et Messieurs les Élus maliens, français,

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

L’urgent est le long terme, les grandes idées et les projets concrets. C’est tout cela qui fait l’extrême intérêt de notre journée de travail.

Une des particularités de la diplomatie française actuelle, c’est d’être démultipliée. Les orientations sont définies par l’État, sous l’autorité du président de la République, mais nous avons conscience qu’interviennent d’autres acteurs qui s’appellent les autorités locales, qui s’appellent les assemblées parlementaires, qui s’appellent les organisations non gouvernementales, qui s’appellent les entreprises. Et tous ces autres acteurs participent au rayonnement et à l’action de notre pays à l’étranger.

Par votre présence aujourd’hui, vous qui êtes des élus locaux, qui êtes des responsables d’ONG, qui êtes des militants, vous offrez au peuple malien votre assistance et votre compétence. Vous adressez au Mali un message d’amitié et de solidarité. C’est la raison pour laquelle j’ai tenu à être présent parmi vous cet après-midi. Et je veux, au nom du gouvernement français, remercier aussi bien nos amis maliens que nos représentants français d’avoir compris ce message et d’aider à le faire vivre.

Puisque je remercie la collectivité ici présente, quelques remerciements particuliers pour Jean-Jack Queyranne, qui préside une région qui a un partenariat tout à fait exemplaire avec le Mali et qui nous accueille avec la générosité, la qualité et la gentillesse habituelle de cette région.

Je veux remercier également Michel Delebarre et tous les acteurs de Cités unies France pour leur engagement, qui trouve ici sa confirmation.

Je veux remercier le ministre des affaires étrangères malien, M. Coulibaly, pour ses mots, pour sa présence, pour son action ainsi que vous-même, Monsieur le Ministre de l’administration territoriale, qui vous êtes exprimé ce matin.

Et puis je ne puis citer tous les responsables notamment maliens, mais je veux avoir un mot particulier pour le secrétaire général de la présidence du Mali, Ousmane Sy, pour le président de l’Association des mutualités, Boubacar Bah et pour tous les élus maliens qui ont pris sur leur temps pour avoir la gentillesse d’être aujourd’hui parmi nous.

Cela fait maintenant deux mois, deux mois après le début de l’intervention française au Mali. J’ai vécu de l’intérieur les quatre heures où il a fallu au président de la République prendre la décision. C’était terriblement simple. Nous pensions qu’il fallait prendre des décisions pour le Mali pour le mois d’octobre prochain. Nous savions qu’il y avait deux groupes terroristes qui fomentaient des actions délétères. Mais il y en avait un troisième, appelé Ansar Dine, dont beaucoup nous expliquaient qu’en fait ce n’était pas vraiment un groupe terroriste et qu’il avait des intentions pacifiques ; on nous disait même qu’avec un pays voisin un accord avait été passé pour que ce caractère paisible soit affirmé.

Et voilà que cette organisation paisible décide de rejoindre les deux autres organisations avérées terroristes et que toutes les trois ensemble décident de marcher sur Bamako. Et voilà que le président malien nous saisit en disant « Amis Français, il faut intervenir, sinon demain, dans la meilleure hypothèse, tous les gouvernants seront en prison », je dis bien « dans la meilleur hypothèse ».

Alors, il a fallu prendre la décision et, comme j’ai eu l’occasion de le dire, la main du président de la République n’a pas tremblé et, en quelques heures, les forces françaises ont été envoyées là-bas pour couper la route aux terroristes vers le Sud, reprendre peu à peu les villes et puis faire le travail qu’elles sont en train de réaliser avec nos amis africains, et au péril de leurs vies, pour rétablir l’intégrité du Mali.

Deux mois donc après le début de l’intervention française au Mali, en soutien de l’armée malienne et avec l’aide des forces africaines, des avancées extrêmement significatives ont été réalisées et le Mali est en passe de retrouver son intégrité territoriale.

La reprise des grandes villes du Nord a été accueillie dans la liesse par les populations locales qui, même si de grandes difficultés subsistent ici ou là, ont été libérées du joug des troupes terroristes.

Nos soldats, en exposant leurs vies - et je vous remercie de l’hommage qui leur a été rendu ce matin - reprennent le contrôle de la zone des Ifoghas, qui était un bastion terroriste dans l’extrême Nord du Mali où nous avons retrouvé des traces absolument incontestables non seulement de l’opération de long terme qui se préparait, mais des ramifications entre cette partie de l’Afrique et l’ensemble des groupes terroristes des pays africains jusqu’à l’Est du continent.

Des poches de résistance demeurent toutefois à l’égard desquelles il faut être très vigilants, notamment autour de Gao.

Ces progrès vont nous permettre de passer à une phase nouvelle avec - nous y travaillons en ce moment avec nos collègues des affaires étrangères - la transformation de la MISMA en une opération des Nations unies appelée dans le jargon international « Opération de maintien de la paix », OMP. Une résolution en ce sens devrait être adoptée par l’ONU en avril, traduite dans les faits probablement en juin, juillet. L’action des casques bleus permettra à la fois de renforcer la crédibilité de la force ; d’accentuer la dimension civile et politique ; et, ce qui n’est pas sans importance, d’en pérenniser le financement. Notre objectif est que cette force soit effective en juillet. Elle reprendra pour l’essentiel les forces déjà déployées mais sous une autre appellation et avec une autre organisation. Dans le même temps, la mission européenne de formation de l’armée malienne EUTM a déjà entamé son déploiement et nous avons plus de 100 personnels qui sont déjà présents à Bamako. On reproche parfois à l’Europe de ne pas avoir agi suffisamment, mais l’Europe a tout de même été sur plusieurs points très active - .

Chers Amis, si j’avais à résumer la situation en quelques mots, je dirais qu’au Mali, tous ensemble, nous sommes en train de gagner la guerre et qu’il nous faut maintenant, tous ensemble aussi, gagner la paix grâce à la transition politique et au développement.

S’agissant du processus politique, à la suite de l’adoption de la feuille de route par le Parlement malien, à la fin du mois de janvier, le président Traoré a annoncé la tenue d’élections avant le mois de juillet. Il est essentiel qu’elles aient lieu et qu’elles aient lieu à leur date, à la fois pour des raisons pratiques, parce que si on dépasse le mois de juillet, pour des raisons climatiques, on perd plusieurs mois, mais aussi pour des raisons démocratiques, car il faut qu’une légitimité nouvelle puisse prendre les décisions qui seront nécessaires. Bien sûr, il y a des difficultés mais notre engagement démocratique est clair : la réconciliation passe par l’élection. Nous devons être très vigilants pour la préparation et le déroulement effectif de ces élections et faire confiance aux autorités maliennes pour respecter ce calendrier.

Je veux aussi saluer le lancement du processus de réconciliation. La Commission nationale de dialogue et de réconciliation a été créée. C’est une avancée importante. Elle doit être prolongée rapidement par la nomination de personnalités représentatives. Le dialogue doit être établi avec toutes les communautés sur l’ensemble du territoire dès lors que celles-ci renoncent à la lutte armée et reconnaissent l’intégrité territoriale du pays.

Chers Amis, le Mali a évité in extremis l’effondrement, mais beaucoup évidemment reste à faire. Quand nous abordons ces sujets avec nos amis maliens ou au sein de l’exécutif français, nous avons toujours à l’esprit, tirant les leçons de l’expérience, trois volets à l’esprit. Le volet sécuritaire - sans sécurité rien n’est possible -, le volet démocratique - sans démocratie, rien n’est constructible à long terme -, le volet développement - car, sans développement, il n’y a pas de sécurité et réciproquement.

Les besoins sont considérables, exacerbés par les effets de la crise : nombreux déplacés et réfugiés, destruction d’infrastructures. La conjonction entre croissance démographique, prolifération des trafics en tous genres, crises environnementales et alimentaires, exode rural, tout cela nécessite d’agir sur plusieurs fronts. Ce défi est d’abord celui des Maliens. Mais il est aussi celui de la communauté internationale et des Européens et bien sûr des Français.

Le ministre délégué, Pascal Canfin a rappelé ce matin - et je suis sûr qu’il l’a fait avec talent, comme d’habitude - notre stratégie. Elle repose sur quatre piliers.

D’abord, la reprise de l’aide bilatérale sur laquelle l’Agence française de développement, ici présente, travaille activement. 150 millions sont mobilisés pour des projets concrets et de l’action humanitaire d’urgence, notamment à destination des populations de l’extrême Nord du pays.

Pour mobiliser nos partenaires européens, nous devons montrer l’exemple : c’est le deuxième pilier. Nous allons organiser le 15 mai à Bruxelles une conférence internationale des donateurs sous la coprésidence du président de la République française et du président de la Commission européenne. Elle sera, dans notre esprit, une enceinte de coordination qui fixera un cap commun aux acteurs nationaux et internationaux participant à la refondation du Mali, cap défini sur la base des perspectives dessinées par les Maliens eux-mêmes. Les donateurs, les représentants du gouvernement malien, les ONG internationales, les associations maliennes, les collectivités locales européennes et maliennes, le secteur privé, tous ceux qui veulent aider le Mali seront consultés.

Je pense, c’est une des raisons pour lesquelles nous sommes associés avec enthousiasme à cette journée, que cette journée de Lyon va permettre au président de la République française d’arriver devant ses partenaires avec un atout majeur : le soutien et même l’engagement des collectivités territoriales françaises et maliennes.

Le troisième pilier, c’est la mobilisation de la diaspora malienne, fort bien représentée aujourd’hui à Lyon, et que je salue fraternellement. Plusieurs dizaines de milliers de franco-maliens vivent en France et contribuent au redressement de l’économie malienne. Nous essayons, au Quai d’Orsay d’encourager notamment les collectivités territoriales à valoriser dans leurs actions de coopération l’apport de compétences ou l’apport financier des migrants, agissant individuellement ou dans le cadre d’une organisation. Je salue la présence parmi nous des représentants des Maliens de France auxquels j’exprime toute ma reconnaissance.

Le quatrième pilier, c’est vous, c’est l’action des collectivités territoriales elles-mêmes. En France, nous avons une richesse de collectivités territoriales bien connue, même si elle est parfois décriée. Près de 5000 collectivités ont engagé des partenariats avec 10 000 collectivités étrangères dans 147 pays. Les échanges portent sur tout. L’appui à la gestion de services publics locaux, l’aide à la mise en place d’infrastructures de base, le développement rural, la planification urbaine, les transports, le tourisme, l’administration numérique, etc. Pour avoir été moi-même élu local pendant de nombreuses années, je connais pleinement ces problèmes pour m’en être personnellement occupé dans les différentes collectivités qui m’ont élu.

Nos collectivités territoriales ont progressivement acquis une compétence globale d’action extérieure. C’est pourquoi, je me réfrène pour parler de coopération « coopération décentralisée ». Quand nous parlons entre nous, c’est toujours le terme que nous utilisons, mais ce terme présente, à mon avis, deux inconvénients : premièrement, en dehors des professionnels que nous sommes, personne ne comprend de quoi il s’agit ; deuxièmement, je pense que c’est un peu réducteur et que nous pourrions nous habituer à parler d’action extérieure des collectivités territoriales. Il y a l’action extérieure, et puis il y a tout le volet de l’action intérieure, de la même manière qu’un gouvernement a une action intérieure et puis une politique extérieure. Je crois que cette notion plus large d’action extérieure des collectivités territoriales est quelque chose que vous pratiquez et qui serait peut être plus facile à saisir pour les populations. À la diplomatie des chancelleries peut et doit s’ajouter une autre dimension de nos relations internationales, sans concurrence de l’une envers l’autre.

La globalité des initiatives que recouvre le terme « d’action extérieure des collectivités territoriales » prend tout son sens à travers ce qui se passe dans les partenariats entre la France et le Mali. Jean-Jack Queyranne l’a rappelé avec pertinence. La coopération franco-malienne est considérée à juste titre comme l’une des plus actives, peut-être même la plus active en Afrique de l’Ouest, avec près de 200 collectivités, plus de 200 projets de coopération menées à ce jour par nos collectivités. Cela concerne tous les enjeux du développement durable, le développement des territoires ruraux, l’accès aux services de base, la formation des élus, la culture, le patrimoine et beaucoup d’autres choses. Cette aide concerne aussi la santé, l’éducation, les infrastructures de base, le renforcement de capacité des autorités locales et nous avons beaucoup d’exemples qui illustrent ce qu’il faut faire :

- La ville de Montreuil, je salue notre amie Dominique Voynet ici présente, entretient depuis beaucoup d’années une relation durable avec la région de Kayes et à réalisé de très nombreux projets. Elle a mis en place, en 2010, un programme d’appui institutionnel excellent.

- La région Bretagne a développé et structuré depuis maintenant 5 ou 6 ans une filière coton biologique et équitable dans le Sud du mali, qui, en l’espace de 5 ans a permis de créer près de 10 000 emplois à revenus garantis.

- Paris, je salue son représentant, a soutenu depuis maintenant 8 ou 9 ans plusieurs projets, notamment d’accès à l’eau et d’assainissement au Mali, qui sont des projets excellents.

- Le partenariat entre l’Association nationale des villes et pays d’art et d’histoire et des villes à secteurs sauvegardés et protégés et l’assemblée des collectivités maliennes ainsi que le programme de numérisation des manuscrits de Tombouctou, lancé dès 2008. Tout ceci donne des exemples, je le répète aux deux sens du terme, de ce que nous avons fait, de ce que nous devons faire à court terme et à long terme.

Cette diplomatie des territoires, c’est un de ses atouts, est une diplomatie concrète. J’insiste à cet égard sur un point qui à occupé une bonne partie de vos échanges d’aujourd’hui : l’aide à la gouvernance. Les difficultés et la crise malienne ont mis en exergue l’importance des enjeux liés à la gestion locale. L’approfondissement du processus de décentralisation va constituer un élément essentiel de la sortie de crise. Ce n’est pas à nous Français à dicter à nos amis maliens ce qu’ils doivent faire, ils sont parfaitement habilités pour le faire.

Mais on comprend, notamment dans les rapports entre le Sud et le Nord, entre les différentes populations, entre le pouvoir central et les pouvoirs locaux, sur la façon même dont les services publics peuvent-être restaurés, sur la façon dont les populations peuvent être associées à tout cela, il est évident qu’autour de cette notion de décentralisation se joue un élément essentiel de la sortie de crise. Le relèvement du Mali, comme la réconciliation nationale, passera par la capacité des autorités locales à assumer leurs responsabilités et par la capacité des décideurs nationaux à confier aux autorités locales des pouvoirs qui soient vraiment des pouvoirs.

Le renforcement des capacités locales, l’émergence d’élus locaux issus des légitimités traditionnelles permettront d’appuyer les institutions et de re-légitimer, puisque c’est nécessaire, un État qui a été, évidemment, très fragilisé. L’objectif des autorités maliennes, qui nous a encore été confirmé il y a un instant, est de réinstaller l’État sur l’ensemble de son territoire. Toutes les régions du Mali ont souffert des conséquences de la crise, elles doivent donc recevoir notre soutien.

L’aide transitant par les collectivités locales présente un autre mérite. C’est une solution proche des populations, efficace en matière de gouvernance et de transparence, qui facilite aussi le dialogue entre les différentes communautés maliennes, lequel passera par des formes nouvelles de décentralisation effective. Nos coopérations territoriales, entre Français et Maliens, dans ce domaine, ont un rôle majeur à jouer.

Encore faut-il - et là il y a un équilibre à trouver qui n’est pas facile - que tout cela soit bien coordonné. Il faut que l’impulsion des collectivités territoriales ne soit pas bridée. Mais il faut aussi, si l’on veut être efficace, que tout cela soit coordonné à la fois par les représentants des collectivités locales elles-mêmes et par l’État.

L’action extérieure comporte ses contraintes. Il serait dommageable pour nos amis maliens qu’une dispersion excessive entre les projets s’installe. C’est une des missions de la maison que je dirige de susciter et de fédérer les initiatives. Les outils qui ont été mis en place dans le passé ont montré leur utilité. Par exemple, ce que l’on appelle l’Atlas de la coopération décentralisée, qui permet de recenser les coopérations existantes, les appels aux projets, aux fonds géographiques que nous proposons aux collectivités. Mais quand on regarde les choses avec un oeil lucide, on s’aperçoit que ces outils sont souvent réservés aux grandes collectivités et aux élus qui sont tout de même les plus aguerris.

Je souhaite donc davantage les mettre en évidence, comme d’ailleurs les actions de Cités unies France et de son groupe Mali qui est présidé par Guy-Michel Chauveau. C’est pourquoi, avec Michel Delebarre, je suis heureux qu’un guide sur l’action extérieure décentralisée au Mali et dans les pays frontaliers, qui est rédigé sur la base de nos discussions d’aujourd’hui, soit préparé par Cités unies France, en collaboration avec les associations d’élus maliens et en lien avec la délégation à l’action extérieure des collectivités territoriales du Quai d’Orsay.

Il est prévu que ce document, qui doit être très pratique, soit diffusé avant la fin du mois prochain aux collectivités. Il ne sera peut-être pas parfait, mais je pense que c’est important, maintenant que vous allez devoir prendre vos décisions, ainsi que d’autres, en France et au Mali, que vous disposiez de tous les renseignements nécessaires. Il va identifier les besoins précis des différentes régions maliennes et il va apporter des éclairages sur les conditions des coopérations dans ce contexte particulier de sortie de crise.

Je sais que ce matin, mon représentant, M. Huberson, vous a annoncé qu’un point va être ouvert au sein de l’ambassade de France au Mali, à Bamako, pour faciliter l’action des collectivités locales afin que tout cela puisse être connu des uns et des autres et que les décisions que vous prendrez, vous puissiez les prendre sur une base de pleine transparence. J’ai donné les instructions pour que ce point fonctionne effectivement avant le 15 avril.

Mesdames et Messieurs, Chers Amis, malgré la crise, les coopérations au Mali ont été maintenues, mais évidemment, un certain nombre d’actions concrètes ont dû être suspendues compte tenu des problèmes de sécurité. Face à l’urgence, les collectivités françaises se sont mobilisées pour soutenir leurs partenaires maliens. Le fonds de solidarité pour le Mali et le Sahel mis en place par Cités unies France en juillet 2012 a pu recueillir, je crois, près de 100 000 euros. Nous avons prévu, malgré les contraintes budgétaires, de doubler cette aide d’urgence. Pour chaque euro investi par les collectivités territoriales pour des actions de solidarité via Cités unies France, l’État français mettra un euro supplémentaire. Cela s’ajoutera aux crédits mobilisés par l’État qui s’élèvent à plus de 2 millions d’euros dans le cadre du fonds d’urgence pour l’aide humanitaire du Quai d’Orsay.

Malheureusement, le Mali ne sera ni le seul ni le dernier pays à avoir besoin d’une aide d’urgence. Comme en Syrie, à laquelle nous pensons en cette journée, pour laquelle de nombreuses collectivités se sont mobilisées à travers un dispositif que nous avons mis en place au Quai d’Orsay, j’ai pensé que toutes ces aides d’urgence, au-delà même des mécanismes qui existent et qui sont fort utiles, il faudrait peut-être que, pour ceux qui le souhaitent, elles soient facilitées et étroitement coordonnées.

J’ai donc estimé opportun, et je vous l’annonce, que soit créé désormais un fonds d’urgence permanent pour l’action extérieure des collectivités territoriales au profit de l’aide d’urgence aux victimes de crises humanitaires à l’étranger. L’utilisation des ressources ainsi collectées fera l’objet d’une traçabilité précise et les élus seront informés en temps réel de leur affectation. Ce fonds sera adossé au centre de crise du Quai d’Orsay. Il est opérationnel depuis aujourd’hui. Il s’appellera le FACECO. C’est un sigle qu’il va falloir retenir : Fonds d’action extérieure des collectivités territoriales. Une notice sur ce FACECO sera envoyée avant la fin de ce mois-ci aux collectivités territoriales afin que, si elles le souhaitent, il puisse être abondé rapidement, et en particulier pour le Mali.

Mesdames et Messieurs, Chers Amis, le chemin vers la réconciliation et le relèvement du Mali ne sera pas seulement sécuritaire, nous le savons. Tout en restant très vigilants sur ce point, tout en continuant de faire le maximum pour retrouver nos otages auxquels nous pensons, les armes bientôt devront laisser la place à la reconstruction démocratique et aux exigences du développement. Le peuple malien est un peuple frère. Il sait que la solidarité que nous lui témoignons dépasse le cadre des simples relations diplomatiques. Et il est certain que le 15 mai prochain à Bruxelles, toutes les forces de la France seront mobilisées, mais aussi celles de l’Europe, et j’en suis sûr, Cher Tiéman, celles de la communauté internationale en faveur du développement.

Avant de conclure, je veux vous dire un dernier mot ou plutôt évoquer un souvenir du voyage extraordinaire que nous avons effectué, avec François Hollande, à Tombouctou et à Bamako un samedi de février. Il y avait là des dizaines et des dizaines de milliers de Maliens de tous les âges qui étaient massés sur le bord des routes, qui nous prenaient les mains aux uns et aux autres pour nous dire leur joie d’être débarrassé du terrorisme et qui répétaient tous les même mots : « Vive la France ! », « merci la France ! ».

Cette journée, ceux qui l’ont vécue sur place comme tous ceux qui l’ont vu à la télévision, je pense qu’elle fait partie de ces journées que l’on n’oublie jamais. J’ai un souvenir particulier, et pas seulement les mots du président de la République qui ont été repris, mais une toute petite fille qui avait des nattes et à qui il manquait les dents de devant. Elle doit avoir 8-9 ans avec un sourire magnifique et, à Bamako, elle me saute au cou et me dit : « Tonton Fabius, merci Tonton Le Drian ». Alors je demande à cette petite fille : d’où viens-tu ? Elle me dit « je suis du Nord, mais je suis à Bamako parce que... » ; je lui dis : « Mais tu es à Bamako. » Elle me dit : « Oui parce que j’ai dû quitter mon village à cause des terroristes pour venir ici chez mes cousins. ». Alors je lui dis : « Comment ça va ? ». Elle me dit : « Ça va très très très bien. ». - « Ah bon ? » - « Et ça a toujours été très bien. » Et je lui dis : « Pourquoi ? » et elle me dit : « Parce que, j’ai toujours su que la France allait venir. ». Elle avait dix ans. Eh bien, à chaque fois que je pense à nos amis du Mali, je pense à cette petite-fille, je pense à son avenir et je pense que, nous tous, les Français et les Maliens, nous avons commencé de travailler pour elle, qu’il y a encore beaucoup de travail à faire, mais que nous allons le faire ensemble et que nous allons réussir. Merci./.

Dernière modification : 16/05/2016

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