Conférence de presse de Laurent Fabius au Mali (5 avril 2013)

CONFERENCE DE PRESSE

Laurent Fabius
Ministre des Affaires Etrangères

Bamako – le 5 avril 2013


Mesdames et Messieurs,

Merci d’être présents à cette conférence de presse, que nous avons souhaité avec mon ami Tiéman Coulibaly, qui est le Ministre des Affaires Etrangères du Mali, et que chacun d’entre vous connait.

Je suis ici pour toute la journée afin de rencontrer les principales autorités maliennes pour faire le point sur la situation et confirmer l’appui de la France.

Nous avons aidé le Mali à gagner la guerre contre le terrorisme, nous voulons l’aider à gagner aussi la paix.

Je vais vous dire très brièvement les personnalités que j’ai rencontré, ensuite mon ami Tiéman Coulibaly tiendra lui-même des propos et nous sommes à votre disposition pour répondre aux questions.

J’étais accueilli hier venant du Maroc par le Ministre des Affaires Etrangères et nous avons démarré ce matin, une journée assez bien remplie en rencontrant, bien sûr, le Président de la République, en rencontrant le Premier Ministre, en rencontrant le collègue des Affaires Etrangères ainsi que le Ministre de l’Administration Territoriale.

Nous avons eu une rencontre intéressante pour le déjeuner avec les responsables des principaux partis politiques :

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J’ai eu le plaisir de m’entretenir avec le nouveau Président de la Commission Dialogue et Réconciliation, et j’ai bien sûr rencontré des membres de la Communauté française réunis à la Résidence de l’Ambassade de France, par le nouvel Ambassadeur de France Gilles HUBERSON qui m’accompagne et je signale parmi les membres qui m’accompagnent, il y a Mme Elisabeth GUIGOU, qui est la Présidente de la Commission des Affaires Etrangères de l’Assemblée Nationale et je suis très heureux que, elle qui suit attentivement ces problèmes, puisse être avec nous.

Ensuite, dés lors que la Conférence de presse aura été tenue, je rencontrerai les Officiers généraux, et des membres à la fois de l’opération EUTM (Formation européenne des forces maliennes) ainsi que les chefs de l’opération SERVAL, la partie proprement française pour aider le Mali.

Quelles sont mes grandes impressions ?

J’ai été frappé par les progrès très importants qui ont été accomplis depuis février cette année dans cette journée qui a mobilisé la mémoire de chacune et de chacun d’entre nous, ou avec le Président François Hollande nous avons parcouru à la fois Tombouctou et Bamako avec un accueil que personne n’oubliera.

Des progrès très importants ont été faits, notamment sur la plan de la sécurité puisque les troupes maliennes, les troupes françaises, les troupes tchadiennes l’ensemble des troupes africaines ont fait un travail remarquable et je veux leur rendre hommage.

Ce qui m’a frappé aussi, c’est l’amitié très, très profonde qu’est portée par les maliens à la France ; c’est quelque chose qui m’a été dit par tous les autres quelle que soit leur sensibilité et c’est quelque chose que l’on ressent y compris par des détails souvent très révélateurs : les drapeaux français et maliens qui ne sont pas simplement côte à côte, mais qui sont cousus ensemble qui montre à la fois l’amitié du Mali et la créativité des maliens.

Ce qui m’a frappé aussi, puisque j’ai abordé, bien sûr, les questions de sécurité, les questions de paix, les questions de démocratie, les questions de dialogue et de réconciliation, les questions de développement c’est que tous mes interlocuteurs soutiennent la feuille de route adoptée par l’Assemblée Nationale, que les élections doivent avoir lieu en juillet.

Je n’ai entendu personne y compris parmi les grands partis politiques proposer quelque chose de différent, et nous la France, même si nous n’avons pas, bien sûr, à nous ingérer dans les décisions maliennes, c’est important pour nous, membre de la Communauté internationale que les élections aient lieu à leur date.

Il y a un gros travail technique qui est fait, on nous en a parlé ce matin, et qui est fait avec diligence, et tous nos interlocuteurs nous ont dit que non seulement cette élection présidentielle à sa date en juillet était souhaitable et qu’elle était possible, et nous nous en réjouissons, car cela fait partie du contrat international : sécurité, démocratie, développement, il y a 3 piliers.

S’agissant des élections législatives, les opinions sont plus diverses, mais il y a un souhait général qu’elles aient lieu le plus vite possible, certains disent en même temps ou dans la foulée. Evidemment les questions techniques sont un peu plus complexes parce que c’est un peu plus compliqué quand il y a plusieurs circonscriptions, que quand il y a une seule circonscription. Mais là aussi, il y a la volonté de faire de bonnes élections et de les réaliser rapidement.

Cela m’a frappé également, j’ai été bien sûr aussi très intéressé par l’initiative maintenant qui prend son visage de la Commission Dialogue et Réconciliation. Le Président a été nommé, les deux vice-présidents. Les autorités maliennes m’ont assuré que les autres commissaires de la Commission Dialogue et Réconciliation allaient être nommés incessamment, et que la Commission Dialogue et Réconciliation allait se mettre au travail.

C’est un travail de longue haleine qui ira bien au-delà des élections mais qui doit démarrer concrètement dans les jours qui viennent et le Président de cette commission qui est un homme très compétent m’a fait part de sa volonté d’aller en ce sens.

Voilà quelques éléments d’une visite utile, positive dans un pays qui a retrouvé sa confiance. Il reste du travail a accomplir mais les maliens ont repris espoir, la France est à leur côté, et j’ai été très touché bien sûr de ce qui m’a été dit sur cette formule très utilisée, mais qui reste très vraie. « Il y a eu la première indépendance du Mali, il y a pas mal d’années, et la deuxième indépendance, la renaissance qui est intervenue lorsque un jour difficile de janvier la France appelée par le Mali, a décidé de venir l’aider.

Question : « inaudible » On parle d’organiser des élections en juillet, et l’on parle de présidentielle ; en même temps on parle de reconstruction et de réimplantation des services de l’Etat alors que les déplacés sont à Bamako. Comment vont-ils pouvoir voter ?

Réponse : Ecoutez ce que je peux dire, de tous les contacts que j’ai eu ici, tout le monde est très unanime pour que les élections aient lieu à leur date et la date qui a été fixée par la feuille de route, c’est le mois de juillet.

C’est quelque chose de consensuel et nous nous en réjouissons parce que ça fait partie de ce qu’attend démocratiquement les maliens, et actuellement nous avons un gouvernement de transition, il a toujours été entendu qu’il faudrait qu’il y ait une élection présidentielle puis des élections législatives, donc l’objectif clair et net, c’est juillet.

Ce que j’ai compris de ce que chacun m’a dit, c’est que sur le plan technique tout était mis en œuvre pour que les élections présidentielles puissent avoir lieu en juillet. Donc je considère que c’est un acquis. Les élections législatives c’est un peu plus difficile parce que, comme vous l’avez souligné vous-même, ce n’est pas une circonscription unique, c’est toute une série de circonscriptions et il y a tel ou tel territoire ou c’est plus difficile. Mais le souhait, la volonté, le travail c’est pour également respecter les dates. Voilà ce que j’ai retenu de ces conversations :

Question 2 : Je rentre de Gao. Qu’est ce que la France après tout ce qu’elle a fait, va continuer à faire dans le contexte du vivre ensemble ? Le nord c’est les communautés sonrhaï, touareg, arabes, peulh. Elles sont liées par un pacte qui a été déchiré par quelques individus. Comment peut-on aller aux élections, qu’est ce que la France va faire pour que les Communautés se retrouvent ?

Réponse : La France agira, mais pas seulement elle. La Commission Dialogue et Réconciliation doit faire en sorte que sur l’ensemble du Mali, des hommes et des femmes qui avaient perdu depuis longtemps l’habitude de dialoguer puissent le faire. Ca commence dès maintenant. Là nous sommes en avril, les élections sont prévues pour juillet, il va y avoir des premières mesures concrètes prises par la Commission Dialogue et Réconciliation pour assurer le dialogue et la réconciliation.

Alors la France et les autres pays vont agir, à la fois pour assurer la sécurité et pour appuyer ce dialogue et cette réconciliation. C’est la Commission Dialogue et Réconciliation qui en est chargé, mais nous, amis du Mali, nous allons travailler dans la même direction et faire pression si c’est nécessaire pour que le dialogue s’opère.

Je vais vous dire un mot complémentaire de la sécurité. Parce que un certain nombre des annonces qui ont été faites, n’ont peut être pas été totalement perçues par les maliens. Je veux être précis comme l’a dit Tiéman COULIBALY, il va y avoir d’ici deux à trois semaines une résolution qui va être adoptée par les Nations Unies qui décide ce que l’on appelle une opération de maintien de la paix. En gros, la MISMA qui existe déjà aujourd’hui va être renforcée et devenir une opération plus nombreuse, et elle va s’appeler désormais la MINUSMA, et elle va assurer la stabilisation de toutes une série de villes qui ont besoin d’être stabilisées.

Mais parfois nos amis maliens font une objection en disant « bravo » qu’il y ait les Nations Unies mais c’est quand même les français qui nous ont aidé les premiers. Qu’est ce que vont devenir les troupes françaises ? Et j’entends cette question qui est posée, je vais y répondre comme le Président François Hollande l’a fait de façon très précise :

Nous sommes aujourd’hui à peu près 4.500 soldats français présents au Mali. Il n’a jamais été question que nous restions au Mali, le même nombre pour toute l’éternité. D’ailleurs, ce serait à un moment ressenti comme excessif par les maliens. Mais il a été dit et nous allons maintenant honorer cet engagement que le relais serait progressivement pris par d’autres forces, forces africaines, et donc il va y avoir un décrue progressive des soldats français. Des dates ont été précisées, qui ne sont pas précisées au hasard. Il a été dit nous sommes 4.500, nous allons passer à 4.000 au mois d’avril/mai. C’est-à-dire au moment où l’opération de « Maintien de la Paix » va être notée. Ensuite en juillet, période où il va y avoir les élections et en épousant le terrain nous pensons qu’avec la montée en régime de la MINUSMA, donc de l’ONU, nous allons pouvoir passer à 2.000.

Mais la question nous est posée, si les groupes terroristes veulent revenir : que va-t-il se passer ?

Et bien ce qu’à proposé la France aux Nations Unies et au Gouvernement malien, qui j’en ai eu la confirmation ce matin, et tout à fait d’accord, c’est d’avoir une force d’appui française qui sera composée d’un millier d’hommes qui sera permanente et qui sera au Mali et équipée pour lutter contre le terrorisme.

Laquelle force pourra être si nécessaire épaulée par d’autres forces dont nous disposons au Tchad et dans des pays voisins, de sorte que c’est là l’essentiel le travail que nous avons fait ensemble pour casser le terrorisme et repousser les terroristes. Ce travail ne puisse pas être détruit.

Je m’exprimerais de manière un peu cavalière, triviale, mais vous le comprenez tous, nous n’avons pas fait ensemble tout ce travail pour que les terroristes reviennent.

Et donc, aussi bien le travail fait par les troupes de l’ONU, le travail fait par l’EUTM qui forment l’armée malienne, le travail fait par la force d’appui française, permettront qu’à la fois la stabilisation soit opérée et que les terroristes ne puissent pas revenir.

Je tenais à le préciser car évidemment c’est un souci qui a été exprimé par les uns et par les autres. Et donc en plein accord avec les propos du Président de la République et du Ministre de la Défense, c’est ainsi que nous proposons de procéder.

Question 1 : Quelle priorité donner aux élections alors que les maliens du nord sont à l’extérieur du pays ?
Question 2 : Situation à Kidal, quel est le message que vous allez faire passer aux maliens ?

Je vous répondrais sur la deuxième question car vous m’interrogez sur la position de la France. Kidal fait partie du territoire malien. Alors il y a une situation spécifique, c’est vrai, liée au fait qu’un groupe le MNLA y est présent avec des forces. Il y a aussi des forces françaises qui sont là. Il n’y a aucune connexion entre les deux.

Et il y a un problème qui est posé ce n’est pas la peine de se le cacher, qui est » comment arriver à une situation normalisée ? ». Nous avons parlé ce matin avec les uns et avec les autres et nous pensons pour notre part, nous français qu’il faut qu’il y ait un dialogue.

Les objectifs, ils sont clairs. Dans un pays républicain et démocratique il ne peut pas y avoir deux armées. Donc il y a une armée qui est l’armée malienne. Et le moment venu il faudra que tout groupe ça vaut pour le MNLA comme pour un autre, qui auraient des armes acceptent d’être cantonnés et de renoncer à ces armements.

Il est un autre principe qui est que dans les discussions qui doivent avoir lieu et qui nous l’espérons auront lieu comme dialogue et réconciliation, que tous les partisans de dialogue et de réconciliation, tous les acteurs de dialogue et réconciliation, doivent accepter l’intégrité du Mali.

Mais pour arriver à ces solutions, il faut qu’entre gens de bonne volonté, on puisse se parler. Et la France sera en faveur bien sûr de cette bonne volonté et j’ai trouvé chez plusieurs de mes interlocuteurs de ce matin la même volonté du dialogue.

Malheureusement, cela ne va pas se faire entre aujourd’hui vendredi et lundi mais le chemin, il est clair, c’est dans cette direction là qu’il faut aller, où il n’y ait pas des forces armées qui soient autonomes au Mali.

Il peut y avoir des mouvements politiques, les mouvements politiques sont absolument libres de leurs idées, c’est même souhaitable et il faut que les chemins du dialogue soient trouvés.

Mais j’ai cru comprendre d’ailleurs en discutant avec tel ou tel responsable que déjà les dialogues existent même s’ils ne sont pas officialisés et donc nous souhaitons vraiment que le dialogue soit développé.

Je veux ajouter un mot avant de vous quitter, puisque j’ai d’autres rendez-vous, sur les otages.

C’est évidemment une préoccupation de chaque instant. Malheureusement il n’a pas été possible malgré tous nos efforts jusqu’à présent de faire libérer ceux de nos otages qui se trouvent au Mali. Mais nous continuons à être mobilisés en ce sens.

Aujourd’hui même, le Président de la République reçoit les familles des otages à Paris, c’est ce qui était prévu. Ce sont des familles extrêmement responsables, d’un courage admirable, nous pensons non seulement à chaque instant à nos otages, nous faisons tout pour les faire libérer mais nous continuons d’agir avec beaucoup de discrétion, chacun le comprendra, mais avec beaucoup de détermination.

Question : En quoi le cas de Kidal est-il si particulier pour que vous nous parliez de dialogue, il n’en a pas été question à la reconquête de Gao et de Tombouctou on n’ a pas dialogué c’est aller vite, pourquoi Kidal est-il si particulier ?

Il n’y a pas de raison théorique mais vous savez aussi bien que les responsables politiques et les responsables militaires sont des gens pragmatiques.

Quand vous avez une ville de 62.000 habitants où il y a un groupe armé qui en assure le contrôle, je pense que le maximum doit être fait pour que la situation évolue afin que Kidal retrouve la normalité, et en même temps qu’il y ait de moins de pertes humaines possibles. Voilà l’objectif, c’est la raison pour laquelle nous recherchons le dialogue mais en même temps avec une idée très précise de l’objectif.

Ce n’est pas parce qu’on dialogue, qu’on est moins ferme sur l’objectif.

Dernière modification : 16/05/2016

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