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Cérémonies du 11 novembre 2011

DISCOURS PRONONCE LE 11 NOVEMBRE 2011 A LA RESIDENCE DE FRANCE A BAMAKO

Monsieur le Secrétaire général du Ministère de la Défense,

Monsieur le Chef d’Etat-major général des armées,

Monsieur le Maire de la Commune III,

Madame la représentante à l’Assemblée des Français de l’étranger,

Messieurs les officiers généraux et cadres supérieurs des forces armées maliennes et françaises,

Messsieurs les anciens combattants,

Messieurs les représentants des familles Niaré, Touré et Dravé,

Chers compatriotes,

Il y a 93 ans aujourd’hui, à 11 heures du matin très exactement, les clairons sonnaient l’Armistice sur l’ensemble du Front, mettant fin à la Première Guerre mondiale, celle qui avait été baptisée un peu hâtivement « la Der des Der ». Dans toutes les villes et dans tous les villages de France, on a commémoré ce matin cet anniversaire, car, dans toutes les villes et dans tous les villages de France, un monument aux morts énumère les noms de ceux qui, après avoir quitté leur famille, leur ferme, leur atelier, leur usine ou leur commerce, sont morts au combat.

Nous avons à leur égard un devoir de mémoire imposé tout d’abord par des données chiffrées brutes, qu’il est bon de garder à l’esprit et de méditer : 35 pays belligérants, plus de 65 millions de soldats mobilisés de par le monde, plus de 8,5 millions de morts, plus de 20,5 millions de blessés, tout au long de quatre ans d’une guerre impitoyable !

Il ne faut pas oublier non plus les millions de veuves et d’orphelins, dont la vie a ainsi basculé par la perte d’un mari ou d’un père sur les fronts de la Marne, de la Somme, des Côtes-de-Meuse ou des Dardanelles. Il faut songer aussi à tous les villages à jamais rayés de la carte et au fantastique patrimoine culturel à jamais anéanti.

Le devoir de mémoire s’impose aussi en raison des souffrances endurées. 93 ans après la fin des combats, le sol ici ou là en France porte encore les stigmates des durs affrontements. Il est difficile, aujourd’hui, quand on parcourt la forêt d’Argonne ou les vastes étendues cultivées de Champagne et de la Somme, de se faire réellement une idée de ce que furent les charges au petit matin dans la brume après une préparation d’artillerie, les corps à corps au milieu des réseaux de fil de fer barbelé et au fond des trous d’obus, l’atroce guerre des mines qui pouvait pulvériser toute une compagnie d’infanterie en un instant, les gaz, mais aussi la vie quotidienne dans les tranchées et les casemates, les guets interminables dans l’humidité et la boue à l’automne, dans le gel et la neige l’hiver, la vermine qui s’installe, les rats qui pullulent, la relève qui tarde, les cris des blessés, la précarité des hôpitaux de campagne.

Cet enfer, des Maliens l’ont connu. C’est vers eux que vont plus particulièrement mes pensées, en ce jour, alors que, pour la première fois, je commémore l’Armistice de 1918 sur la terre qu’ils ont quittée et que, pour plus de 11 400 d’entre eux, ils n’ont pas revue. 8 673 auraient été identifiés, 2 589 reposeraient anonymes dans un de nos cimetières militaires. Combien sont rentrés, meurtris à jamais dans leur corps et dans leur âme ?

On pourrait penser que le sacrifice de ces millions d’hommes a été vain, à en juger par l’hécatombe de la 2ème Guerre mondiale (38 millions de morts) et par toutes les victimes des conflits régionaux et des guerres civiles, qui jalonnent l’histoire du monde de ces soixante-six dernières années.

Je ne le pense pas. La Démocratie et la Liberté finissent toujours par triompher de la dictature et de la servitude. Les empires centraux ont fini par s’effondrer en 1918, les régimes fascistes ont été vaincus en 1945, les empires coloniaux se sont dissous, nous avons vécu les derniers soubresauts du communisme, ici et là on assiste au réveil de peuples, las d’être trahis par des dirigeants sans scrupules, qui les ont asservis et spoliés.

Les soldats de 1914-1918 ont été les victimes innocentes d’un nationalisme exacerbé et d’un militarisme aveugle. La génération suivante a été victime du choc inéluctable entre les valeurs démocratiques et les doctrines totalitaires qui avaient cours à l’époque. Méditons l’Histoire pour éviter que le XXIème siècle, qui ne fait que commencer, ne dépasse en horreurs le XXème siècle.

Les soldats de 1914-1918 ne seront pas morts pour rien, si nous savons tirer les enseignements de leur sacrifice, en poursuivant la construction d’une Europe pacifique et solidaire, qui soit une référence pour les autres continents, et en s’opposant, avec vigueur et détermination, à toute forme de fanatisme et d’intolérance qui voudrait s’imposer à nous par la force et l’intimidation.

Tel est le sens de l’engagement exceptionnel de nos forces armées sur les différents théâtres d’opérations extérieures, en application de résolutions des Nations Unies, et ce 11 Novembre est aussi un hommage à leur action et aux sacrifices qu’elles consentent.

Tel est aussi le sens que nous donnons à la coopération qui lie les forces armées françaises et les forces armées maliennes, et au soutien que nous apportons à l’Ecole de maintien de la paix de Bamako.

Je vous remercie de votre présence et de votre attention ».

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